
Ainsi le PLR, le Centre, le MCG et l’UDC forment une alliance électorale pour la première fois à Genève. Deux claques électorales (-6 sièges PLR, -3 sièges C), vingt-quatre heures d’agitation et quelques ambitions politiques personnelles auront suffi à faire céder des digues qui – tout en donnant des signes de fatigue depuis quelques temps – tenaient bon depuis plus d’un demi-siècle. Je parle de cette ligne rouge, tracée sur les ruines de l’Europe en 1948, qui démarque les sociétés basées sur les droits humains, sur la non-discrimination et la dignité de celles basées sur la stigmatisation, la fermeture à l’autre et le conservatisme moral. Cette démarcation fondamentale, que nos voisins français appellent le « front républicain » – car il ne saurait y avoir de République sans égalité – a été au cœur de la structuration des forces politiques, supplantant la distinction traditionnelle gauche/droite. On peut négocier le partenariat social. Mais pas les droits fondamentaux. Jusqu’à hier soir.
J’ai toujours cru qu’il y avait deux droites, la libérale et la conservatrice, il n’y en a plus qu’une seule.
J’ai toujours cru qu’il y avait deux droites, la libérale et la conservatrice, il n’y en a plus qu’une seule. Qu’est-ce qui définit cette nouvelle « droite ». Est-ce que la prospérité économique basée sur la libre circulation des personnes (défendue par le PLR et le C, honnie par l’UDC et le MCG), c’est la nouvelle droite ? Est-ce que le mariage pour tous, pilier de la non-discrimination des couples du même sexe (PLR, C et MCG pour, hostilité frontale de l’UDC) c’est la nouvelle droite ? Est-ce que le fait frontalier et le Grand Genève (soutenu par le PLR et C, détesté par le MCG et l’UDC), c’est la nouvelle droite ? Est-ce la préservation de l’environnement (loi sur le CO2 soutenue par PLR et C, contre UDC et MCG), c’est la nouvelle droite ? Est-ce que l’égalité femmes-hommes (défendue par le PLR et C, contre l’UDC et le MCG) c’est la nouvelle droite ? Est-ce le développement de Genève (appuyé par le PLR et C, contre des référendums systématiques de l’UDC, parfois avec le MCG), c’est la nouvelle droite ? Est-ce que la protection corporatiste des fonctionnaires (défendu bec et ongle par le MCG et l’UDC contre le PLR et le C), c’est la nouvelle droite ? J’arrête ici cette cruelle liste des contradictions de la nouvelle alliance qui pourrait s’étendre sur bien des pages.
Veut-on une société ouverte, moderne et projetée sur l’avenir ou au contraire se replier dans nos frontières pour y étouffer en se lamentant sur notre gloire passée ?
Certains minimiseront ces divisions, comme si elles étaient accessoires. Elles portent pourtant sur les fondamentaux. Veut-on une société ouverte, moderne et projetée sur l’avenir ou au contraire se replier dans nos frontières pour y étouffer en se lamentant sur notre gloire passée ? Veut-on une société de l’égalité des chances ou celle des discriminations ? Hier soir déjà, une figure de l’UDC genevoise, héraut du triste slogan au sujet des « pacsés inféconds », claironnait sa répulsion des « personnalités qui prônent l’avortement, l’euthanasie, l’homosexualité, le transhumanisme, l’immigration et le féminisme » en se référant aux nouveaux alliés PLR et centristes. Mais que disent ces derniers des positions anti-avortement, homophobes, xénophobes et misogynes de leur partenaire électoral ? Quelle réaction du PLR et du Centre sur les récurrentes accointances antisémites de certains militants UDC ?
Voilà la valeur cardinale, essence suprême, mère et terre de la droite genevoise : l’argent. Les droits fondamentaux attendront.
Confrontée à la question du plus petit dénominateur commun de cette nouvelle alliance, Martine Brunschwig Graf, que l’on a connu plus ferme sur les valeurs, peinait à trouver ce qui les lie. Finalement, il « semblerait » (sic) que cela soit les impôts. Même son de cloche des milieux économiques (FER et CCIG), le fisc. Voilà la valeur cardinale, essence suprême, mère et terre de la droite genevoise : l’argent. Les droits fondamentaux attendront.
Loin de moi l’idée de minimiser les questions fiscales (dont l’acuité ne sera pas aussi majeure qu’il n’y parait après les comptes exceptionnels de l’Etat de Genève en 2021 et 2022), mais tout de même, est-ce là l’alpha et l’oméga, la question unique et exclusive des défis politiques à venir pour Genève ? Je ne le crois pas. D’autant plus que le peuple a très clairement tranché sur ce sujet et pourra le refaire sans coup férir. Les vrais enjeux de cette alliance désastreuse sont ailleurs.
Cette capitulation des valeurs libérales du PLR et du Centre au profit de leurs nouveaux alliés populistes, oblige la gauche à assumer la majorité des responsabilités institutionnelle.
Cette nouvelle configuration, pour ne pas dire cette capitulation des valeurs libérales du PLR et du Centre au profit de leurs nouveaux alliés populistes, oblige la gauche à assumer la majorité des responsabilités institutionnelle. En effet, elle reste aujourd’hui la seule force à même de défendre le socle des droits fondamentaux, une société ouverte basée sur des rapports étroits avec nos voisins, la non-discrimination, la lutte pour l’égalité femmes-hommes, la responsabilité écologique et l’esprit d’ouverture, autant de valeurs qui jusqu’ici, avec des modalités parfois différentes, étaient également portées par la droite libérale. Ainsi, l’avènement d’une majorité rose-verte au Conseil d’Etat le 30 avril 2023 devient la principale réponse que Genève doit apporter à l’opportunisme politique de cette « alliance de droite ». Je reste persuadé que seules les valeurs fondent le cœur de l’action politique. Et elles doivent être assez fortes pour ne pas chavirer à l’appel avide du pouvoir.
Antonio Hodgers
PS: Au moins, la question de l’éthique personnelle en politique a porté à droite en refusant de s’allier à à la liste LJS. Il faut le reconnaître et le saluer.

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