Les bébés et la RTS

Crédit : Marta Villacampa

C’est le moment du débriefing.

Les faits

Suite à la naissance de notre petit dernier, une photographe indépendante, qui est aussi notre amie, a réalisé à notre demande des photos familiales, notamment pour le faire-part de naissance. Elle est évidement rémunérée. Comme à tous ses clients, elle nous a demandé l’autorisation de partager son travail sur Instagram, ainsi que la possibilité pour la marque de vêtements pour bébés utilisés pour les photos d’en faire autant (il s’agit de deux mamans entrepreneuses du côté de Zurich qu’elle connaît personnellement). Comme l’essentiel des autres clients, on dit oui, bien sûr, mais sans être tagués. On s’est ainsi retrouvés anonymes avec des dizaines d’autres parents dans le flux Instagram courant et quotidien de ces femmes indépendantes. C’est tout.

Aucune contre-prestation n’est donnée, ni financière, ni matérielle. Il n’y a eu aucune campagne publicitaire. Juste des photos partagées sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, la petite société zurichoise ignore ma fonction et mon nom. En somme, juste une politesse et un petit coup de pouce pour une amie et ses partenaires.

La fausse polémique de la RTS

Un mois plus tard, la RTS Forum parle de « campagne de publicité » dont je serais « l’égérie ». Elle laisse entendre que j’aurais volontairement prêté mon image pour promouvoir des produits. Cette notion de mannequinat est reprise par la Tribune de Genève. Le 19:30 évoque même une « image publicitaire ».

Pourtant, il me semble que chacun-e peut aisément comprendre que permettre la diffusion sur Instagram de ses propres photos familiales et se prêter à un shooting photo pour faire une campagne de publicité pour une marque sont deux choses totalement différentes. Pour les besoins de la polémique, la RTS renonce à dire la vérité et tente de faire croire que je me suis volontairement prêté à une séance photo à destination d’une marque. Un bel exemple de « vérité alternative », mais avec le sceau journalistique pour la couvrir.

De plus :

Le 30 mars, RTS Forum a consacré 2’41’’ à ce sujet contre 1’34’’ à la guerre en Ukraine.

Le 31 mars, RTS 19:30 a consacré 2’26’’ à ce sujet contre 2’05’’ à la guerre en Ukraine.

Quelques leçons tirées de cette histoire

⁃ Du côté médiatique, la RTS démontre une fois de plus son manque de rigueur journalistique et sa propension à monter des polémiques de toute pièce en manipulant les faits. Sa ligne éditoriale qui consacre plus de temps à cette non-affaire plutôt qu’à la guerre en Europe illustre les errements de notre média public.

⁃ La palme du ridicule revient néanmoins à La Tribune de Genève pour avoir essayé d’inviter la question du traitement des alpagas au Pérou dans la campagne électorale genevoise. Amusant.

⁃ La palme de la mauvaise foi revient au PLR : ce parti reçoit chaque année des dizaines de milliers de francs des milieux immobiliers, bancaires et du trading sans que cela ne lui pose un problème de dignité. Mais qu’un conseiller d’Etat affiche son soutien à des indépendantes, ça c’est une affaire d’Etat !

⁃ C’est flatteur de croire que mon image fait vendre, mais la triste réalité est que, lors de la diffusion de nos photos, il y a un mois, la marque n’a pas eu plus de visites que d’habitude. Mais maintenant, grâce à la polémique inventée par la RTS, le nombre d’internautes a augmenté. En somme, la RTS a donc fini par produire ce qu’elle me reproche : faire de la publicité à une marque particulière. Bien joué.

Conclusions

Je ne regrette rien. En autorisant l’usage de mes photos familiales par notre amie photographe, j’étais conscient des risques. Cependant, refuser aurait été renoncer à une certaine normalité. Si l’essentiel de ses parents-clients acceptent, pourquoi nous, ses amis, devions-nous dire non ? Pour préserver l’image distante, lisse et polie que certains attribuent aux élus ? Je n’y crois pas. Les politiques sont des gens comme les autres, et en Suisse plus qu’ailleurs, ce qui n’enlève rien à l’exigence de probité de leur fonction. La proximité, l’ancrage dans la vie quotidienne, l’ordinaire fait que, dans notre pays, vous pouvez croiser des élus au supermarché, à la crèche avec leurs enfants ou dans le train. A l’ère des réseaux sociaux, ce phénomène se reporte simplement sur le numérique. Mais l’esprit est le même : les élus suisses ont le droit à la normalité et le peuple le leur rend bien.

Sinon, mon bébé s’appelle Enoha. Il est magnifique et quand il me regarde, tout cela me semble ridicule. Peut-être parce que ça l’est.

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