Le pourquoi du Lama

Illustration Yann Damezin

Assumer le pouvoir exécutif, c’est se couper de la parole vraie, dit-on. Ce n’est pas complètement faux. Comme élu, on attend de vous des avis et décisions dans les domaines de vos attributions directes, au moment opportun, sur un sujet précis et dans le cadre défini par les médias.  La parole est ainsi limitée, fragmentée et incomplète. C’est frustrant, tout d’abord pour le large public qui voit le message politique filtré par l’institution, les communicants et les journalistes et pour moi qui reste régulièrement insatisfait de n’être que partiellement compris, quand ce n’est pas mal compris. Il est temps d’ouvrir de nouveaux modes de faire.

Je crois que nos démocraties sont à un tournant. Un nombre croissant de citoyens n’en finissent pas de s’éloigner de l’agora collective alors que les enjeux de société se durcissent. Le futur ne fait plus rêver, du moins plus de manière collective. Or, la politique se nourrit de l’espoir d’un avenir meilleur. Mais force est de constater qu’il ne saute pas aux yeux, cet horizon radieux ! C’est pourtant le rôle des femmes et des hommes politiques d’articuler une vision, un discours, une perspective à la fois enthousiasmants et réalistes (et même enthousiasmants parce que réalisables !). On en est loin. Alors que la majorité des élus se contentent de gérer les affaires courantes, une part importante de la population développe une indifférence aux enjeux communs, si ce n’est une franche hostilité aux institutions. Cette pente est dangereuse pour la démocratie. 

Certes, contrairement au siècle passé, il ne faut pas (trop) craindre un violent coup d’état. Cependant, une démocratie peut aussi lentement pourrir de l’intérieur, tout en préservant provisoirement les atours de celle-ci, comme les mouvements tectoniques lents et profonds qui finissent par façonner la topographie sans être perceptibles en surface jusqu’au moment du tremblement de terre fatal. A mon avis, c’est le risque principal actuel. Les apparats de la démocratie sont respectés et les élections ont lieu à intervalles régulières. Mais est-ce suffisant ? Non. L’hypocrisie peut tenir lieu de façade. Les fonctions institutionnelles de l’Etat peuvent être garanties tout en se corrompant en leur cœur, en leur raison d’être, si la confiance s’étiole trop entre les citoyens et leurs représentants. Le lien de confiance est vital dans une démocratie et, sans celui-ci, les institutions se retrouvent à la merci d’intérêts occultes, de grands manipulateurs complotistes ou de populistes sans vergogne. Trump, Bolsorano, Johnson, etc., les illustrations de cette dérive se matérialisent au pouvoir. Nous y sommes ! Face à cela, la qualité des échanges et la compréhension mutuelle des opinions devraient prévaloir. Or, aujourd’hui, la polarisation, l’émotionalisation et la médiocratisation du débat, alimentées par l’électoralisme des partis politiques, accentuées par le modèle des réseaux sociaux et rabâchées par la culture éditoriale acrimonieuse de la majorité des médias, tuent le débat, donc l’échange, donc la confiance, donc la démocratie.

L’écrit long est une partie de la réponse. Totalement à contre-courant des formats courts des réseaux sociaux et de l’esprit polémique qui dominent notre époque politique, ce lieu d’expression est donc une invitation au voyage intellectuel et à l’échange. Ne vous y trompez pas, inquiet oui, je reste résolument optimiste !  Ainsi, avec pour figure le lama, un animal à la fois calme, inébranlable et décalé, je souhaite créer cet espace d’intimité, de recul et de sincérité dans la parole. Evidemment, cette approche personnelle n’engage ni l’Etat, ni mon parti, mais uniquement le lama et moi.

Ainsi parlait Lamathoustra.

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